Santé, crise et alternatives

 

 

Journée de réflexion santé, crise et alternatives

 

 

 

Le 2 mars dernier, la plate-forme d'action santé et solidarité a réuni des acteurs issus du monde associatif, académique, institutionnel, des représentants des grandes organisations sociales (Syndicats, Mutualités), des médecins, des citoyens, bref une palette quasi complète d'acteurs de la santé, préoccupés par l'impact sur la santé, des politiques d'austérité.

 

S'il y a un mot que nous devons retenir de la journée, c'est le mot Solidarité. Mais également que l'austérité, c'est un choix politique, pas une fatalité.

 

En guise d'introduction, Bert De Belder, membre du comité de pilotage de la plate-forme, a clairement invité le public à lire le récent rapport mondial de la santé, le Global Health Watch 31, en suggérant également de faire le lien entre l'évolution des indicateurs de santé avec le dernier rapport sur la richesse dans le monde. Les écarts de richesse et l'inégal répartition des richesse n'ont jamais été aussi grandes qu'aujourd'hui.

 

Il a rappelé l'objectif que poursuit la plate-forme : comment à partir des singularités de chaque organisation pouvons-nous sensibiliser et mobiliser nos membres et un large public autour du thème de la santé des individus, de la communauté et de la société entière – en Belgique et dans le Sud ? Avec quels moyens aurons-nous le plus d'impact ?

 

Une première partie dense et intense a été consacrée aux constats ; des contributions riches de témoignages du terrain, d'exemples concrets, et de chiffres éloquents, mais aussi d'analyses de la situation, et de propositions concrètes.

 

En Grèce, où les coupes sombres dans les budgets publics sont déjà en vigueur2, Médecins du monde, qui à l'origine offre des soins médicaux aux migrants, a constaté que la proportion de bénéficiaires de nationalité grecques est passée de 8% à 35%.Hervé Bertevas membre de Médecins du Monde Espagne dénonce l'attaque en règle contre le caractère universel des systèmes de santé pourtant inscrits dans les lois grecques et espagnoles.

 

Et c'est ce qu'annonçait déjà Jean-Pierre Unger, premier orateur de la journée, en nous montrant comment les mesures prises aujourd'hui dans l'ensemble des pays de l'Unie Européenne, sont en vigueur depuis les années 80 dans de nombreux pays en Afrique, en Amérique latine et en Asie. Comment des politiques néolibérales, sous prétexte de crise financière, limitent les services publics de santé aux pauvres pour pouvoir ouvrir le reste du marché aux assurances privées et privatiser les soins pour les riches. Créant ainsi un système de santé à deux vitesses.

 

Tout en prenant des précautions scientifiques, quant à la valeur de son témoignage et sur la définition de crise, Ivan Dechamps, conseiller à la direction de services sociaux des mutualités socialistes « Solidaris », s'interroge sur le réel objectif des contrats de travail atypiques mis en place par les pouvoirs publics depuis le début de la crise en 1973 avec le premier choc pétrolier. Son sentiment est plutôt qu'il y a une volonté de permettre aux employeurs d'accroître les profits tout en distribuant moins de salaires. Il doute de la réelle volonté des pouvoirs publics d'intégrer les gens dans des emplois stables et de qualité, accompagnés d'une bonne sécurité sociale. Il fait également écho au sentiment de certains assistants sociaux qui ne se sentent plus « acteurs de changement », parce qu'ils doivent, pour des questions de rentabilité, agir dans l'urgence, et ne peuvent plus avoir une approche globale et intégrée des problèmes de gens.

 

François Perl, directeur du service des indemnités à l'Inami et Karel Van Bever, médecin dans une maison médicale de médecine pour le peuple, s'inquiètent tous les deux de la santé des travailleurs.

 

En 5 ans, le nombre d'invalides en Belgique est passé de 208.595 en 2005 à 257.935 en 2010, soit une augmentation de 25% en 5 ans. Mais avec la crise, il va impérativement falloir prendre des mesures pour limiter les dépenses. En amont de préférence, en prévenant les incapacités de travail, en aval, en optimalisant la réinsertion socioprofessionnelle. Il faudra être attentif à ce que le système reste protecteur et qu'une telle politique n'aboutisse pas à la chasse aux invalides.

 

Karel Van Bever relate les résultats d'une étude sur la santé des travailleurs âgés3. Il insiste sur la nécessité de retenir comme indicateur l'espérance de vie en bonne santé et non l'espérance de vie, car c'est précisément dans le premier indicateur que se cache de nombreuses inégalités selon notamment le niveau d'étude. Il montre par ailleurs avec un graphique fort illustratif les conséquences du recul de l'âge de la pension, ou de la suppression de la pré-pension, en fonction du niveau d'étude des travailleurs : de nombreuses personnes ne pourront même pas profiter de leurs vieux jours après une carrière pénible.

 

Tout comme Ivan Dechamps, Cis Dewaele, coordinateur de travailleurs de rue en communauté flamande, insiste sur la nécessité d'être davantage présent auprès des publics exclus4. Il témoigne de l'augmentation du nombre d'exclus, de leur plus grande exclusion et précarité. Il plaide pour l'augmentation du nombre des maisons médicales.

 

 

La deuxième partie de la matinée a donné la parole aux membres de la plate-forme, afin qu'ils donnent leur point de vue, et présentent leurs préoccupations et les solutions qu'ils défendent.

 

On pourrait retenir comme fil rouge des interventions, les mots de Paul Palsterman de la CSC : « la plus-value de la solidarité et la moins-value de la privatisation et de la commercialisation de la santé ».

 

Il est frappant de constater que tous les intervenants, ont insisté sur la nécessité de préserver un système de protection sociale universel. Wim De Ceukelaire, directeur de l'ONG médecine pour le tiers monde a appelé à la vigilance. Si en effet, il faut soutenir le développement de la protection universelle là où il n'existe pas, il faut veiller à la maintenir là où elle est menacée.

 

Els Ceulemans de la FGTB, Mieke Fierens de la Ligue des Usagers des services de santé et Pierre Drielsma de la Fédération des maisons médicales, ont chacun à leur tour réaffirmé l'importance du maintien d'un système de santé solidaire. Le discours de plus en plus assourdissant visant la responsabilité individuelle en matière de santé, cache les nombreux déterminants sociaux de la santé, tels que le logement, l'éducation, l'environnement, les conditions de travail, à l'origine des inégalités en santé. L'opinion publique est imprégnée par le discours de la responsabilité individuelle pour pouvoir mieux remettre en cause le systèmes système de sécurité social solidaire.

 

Jean Hermesse des mutualités chrétiennes, chiffre à l'appui, démontre que le financement public des hôpitaux coûterait moins cher que l'ensemble de primes payées par la population aux assurances privées. Il nous donne plusieurs pistes pour faire baisser les dépenses des soins tout en améliorant les services offerts et l'accès aux soins.

 

Jean-Marc Laasman des mutualités socialistes, Jean Hermesse et Pierre Drielsma nous rappellent que la crise est utilisée pour faire passer des mesures d'austérité. L'austérité est un choix politique, non une fatalité, c'est donc également un combat politique que nous devons mener. Il y a une alternative au pacte budgétaire de l'Union Européenne, une politique sociale basée sur la solidarité est une réelle alternative.

 

Le débat qui s'en est suivi avec la salle, a clairement établi que, contrairement aux affirmations du gouvernement, la crise a un impact sur la santé, et les mesures d'austérité en préparation ne feront qu'empirer une situation déjà préoccupante. Pourtant la crise pourrait être utilisée comme une opportunité pour plus d'efficacité.

 

Créer un rempart contre la désarticulation de la sécurité sociale est l'une des revendications principales. Un système universel doit être préservé et il faut prévenir la mise en place d'un système basé sur l'offre à des publics cibles. La seconde revendication, et non des moindre, étant la défense de bonnes conditions de travail.

 

Et Jean-Marie Léonard, membre du comité de pilotage de la plate-forme, de conclure : nous avons besoin de cohérence. La politique de santé ressort de la compétence de tous les niveaux de pouvoirs, mais également de manière transversale, toutes les politiques ont un impact sur la santé. Une revendication concrète serait le vote et surtout la mise en pratique d'une législation obligeant tous les mandataires politique à examiner préalablement l'impact sur la santé des politiques qu'ils veulent promouvoir. Une telle législation existe déjà en matière de développement durable5. Alors pourquoi pas une loi qui obligerait les divers niveaux de pouvoir a d'examiner toute politique sous le prisme de son impact sur la santé, et l'obligation d'avoir une vision globale pour une politique de 'bonne' santé des individus, de la communauté et de la société toute entière.

 

 

Les alternatives

 

Deux groupes de travail se sont réunis l'après-midi pour lancer des pistes de réflexion pour des alternatives aux politiques d'austérité.

 

Voici les 4 axes de travail retenus par le premier groupe de travail :

 

  1. Qu'est ce que la santé

On insiste sur une large définition de la santé qui doit être portée par l'ensemble des organisations.

 

  1. Développement local de la santé

Convaincus de la nécessité d'une prise en charge locale de la santé, de la nécessité de l'harmonisation des procédures, on souligne cependant les limites de l'approche locale et surtout l'importance d'un système de sécurité sociale le plus étendu possible.

 

  1. Décoder le système de santé, informer sur la santé

Les mécanismes de solidarité sont méconnus, et méritent d'être décodés pour mettre en valeur la plus-value des mécanismes de solidarité par rapport à l'assurance privée. Les procédures complexes sont souvent un frein à l'accès, encore plus pour les populations précarisées, d'où la nécessité d'informer correctement la population.

 

  1. Agir pour la santé

Campagne démontrant les risques d'un système d'assurance individuelle et et la promotion de la solidarité notamment par des campagnes médiatiques.

 

Décodage de discours dominants visant à mettre la santé uniquement sur le compte des comportements individuels pour amener les citoyens à moins de solidarité.

 

Mettre en avant les vrais facteurs déterminants de la santé.

Comment ?

- Film/documentaire, mini-film sur youtube à partir d'expérience de vie, de faits concrets

- Travail en réseau avec des acteurs promouvant des alternatives : ex FAN/RFA

- Campagne alternative aux six packs et à la règle d'or de l'UE:

le six pack pour une bonne santé, la règle d'or alternative à celle de l'UE

- Travailler à partir des droits relatifs à la santé mentionnés dans la constitution.

 

De nombreuses pistes ont également été lancées par les second groupe de travail:

 

1. Agir au niveau local, régional, national, européen et international

Travail local

être sensible pour les réseaux qui dépassent les frontières communales

(vs. « le projet du bourgmestre dans sa commune»)

 

Créer plus de synergies entre différents territoires et institutions

Mise en place d'une coordination, cohérences des politiques

 

Niveau national

La couverture universelle est indispensable pour avoir une santé publique efficace

*Prévention vs. Réparation

*Accès pour tous à la mutualité vs. Accès lié au travail

 

Lutter contre le gaspillage des médicaments => utiliser les bonnes pratiques d'ailleurs

 

Niveau européen

Évaluer l'impact des politiques européennes (commerces, aide au développement...) sur les systèmes de solidarité

Accentuer le lobbying auprès des institutions européenne (Parlement, Conseil, Commission)

 

Niveau international

Rendre contraignantes les législations sur la protection sociale de l'OIT

 

Genre

Intégrer la question du genre. C'est-à-dire, intégrer les problèmes de la violence (dans la sphère publique et privée) dans les programmes de la santé. Le viol économique ? Comment créer des indicateurs sensibles au genre?

 

2. La solidarité universelle

La solidarité universelle doit être défendue et non un système d'aide des groupes cibles.

 

Formation à la solidarité, sensibilisation pour changer les mentalités.

Amener un débat éthique. Il faut stimuler un débat dans l'espace publique pour contrer le discours libéral des privatisations et de l'austérité.

 

 

3. Les futurs professionnels de la santé

 

Formation des futurs professionnel de la santé à la médecine sociale

 

Mise en place d'un système encourageant les professionnels à pratique la médecine sociale (ex : emprunt bancaire vs. Condition pour bénéficier du conventionnement)

 

Mise en place d'un système obligatoire de conventionnement, comme contre-partie du coût des études de médecine.

 

Que faire ?

 

  1. Publication communes de la plate-forme dans le cadre de la crise.

  2. Publications d'articles, projection de films, actions dans les médias

  3. Quelles actions possibles au niveau local, régional, national, interntional?

 

 

5 Loi relative à la coordination de la politique fédérale de développement durable du 5 mai 1997


 

 

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