Rapport de la table ronde - 10 mai 2011

La santé pour tous : une question de choix politiques

La plate-forme d'action santé et solidarité lance le "Manifeste pour le droit à la santé et aux soins de santé pour tous."

Le 10 mai, la Plate-forme d’Action Santé et Solidarité, lançait le « Manifeste pour le droit à la santé et aux soins de santé pour tous ». Avec ce cahier de revendications politiques, la Plate-forme demande à nos politiciens belges et européens de remettre à nouveau la santé en tant que droit de l’homme dans les priorités de leur agenda. La Salle du Congrès du parlement belge était déjà bien remplie.

« Les résolutions et notes politiques sur la santé ne peuvent rester lettre morte »

Dans son introduction, la sénatrice Marleen Temmerman (SP.a) adressait directement un appel à l’action à nos décideurs politiques : « Dans un passé récent, une résolution concernant les droits reproductifs et sexuels a déjà été votée et une note politique sur le droit à la santé et aux soins de santé a été rédigée. Dans la pratique, nous constatons toutefois peu d’attention pour la santé, au contraire. Dans divers pays partenaires, la Belgique supprime le droit à la santé comme priorité. Les résolutions et notes politiques ne peuvent rester lettre morte. » Avec le Manifeste, la Plate-forme d’Action Santé et Solidarité entend stimuler le débat autour d’engagements concrets.

Santé = solidarité = action = résultats

En tant que cofondateur de la Plate-forme d’action, Bert De Belder (Intal) récapitule brièvement l’histoire de sa naissance et explique quelle était la motivation des acteurs belges de la santé, parmi lesquels des mouvements sociaux, des ONG, des activistes et des universitaires, en décidant de conjuguer leurs efforts dans la lutte pour une politique solidaire de la santé.

Solidaire, parce que la santé n’est pas une question individuelle, mais est en grande partie déterminée par des facteurs sociaux, économiques et politiques. Solidaire, que ce soit entre le Nord et le Sud dans notre pays, ou entre le Nord et le Sud à l’échelle mondiale. Solidaire, parce que la santé ne peut être laissée à un marché mû avant tout par la chasse au profit. De l’action car, outre la réflexion et la discussion, nous devons également atteindre des résultats ensemble.

Une politique intégrale dans laquelle la protection sociale occupe une place centrale

André Kiekens (secrétaire général de Wereldsolidariteit – Solidarité mondiale) résume le Manifeste comme une vision du développement qui est loin ne signifie pas croissance économique. Ici, il renvoie à la situation en Égypte, qui prouve que la croissance économique sans structures sociales et protection sociale fortes ne mène à rien. Aussi la santé et le bien-être requièrent-ils une approche globale dans laquelle la protection sociale occupe une place centrale et où il est tenu compte des circonstances dans lesquelles les gens viennent au monde, grandissent, travaillent et vieillissent.

L’une des revendications politiques du Manifeste renvoie aux conséquences néfastes de la privatisation dans le secteur de la santé. Cette privatisation crée non seulement une inégalité littéralement mortelle entre ceux qui peuvent se payer des soins de santé et ceux qui ne le peuvent pas, mais elle aboutit également à une fuite des cerveaux des travailleurs de la santé qui, dans secteur public, sont sous-payés, et n’ont aucune perspective.

Kiekens lance un appel aux hommes politiques afin qu’ils prennent l'initiative, vu l’expertise et le savoir-faire au niveau de la santé dont dispose la Belgique. Il y a un manque de moyens et, parfois aussi, une absence de vision afin de mettre sur pied des systèmes de santé. C’est manifestement une chose dans laquelle les pouvoirs publics ne veulent plus investir. Dans une logique de « value for money », l’attention réside dans la lutte contre des maladies spécifiques, alors que les systèmes globaux de santé connaissent un retard dramatique. Les communautés et les mouvements sociaux n’ont guère d’autre choix que de prendre les leviers en main eux-mêmes et, via les mutualités, d’assumer les coûts des soins en tant que groupe.

La santé dans le Sud

Trois cas en provenance du Sud ont illustré la pertinence des revendications du Manifeste.

Mario Edgar Rios Barrientos explique comment Foro Salud, une plate-forme péruvienne de la société civile se bat pour le droit à la santé au Pérou. Dans une première phase, il s’agissait de la reconnaissance des soins de santé en tant que droit. Les gens de Foro Salud ont toutefois compris que cette reconnaissance ne pourrait être obtenue sans mobiliser les gens en vue d’obtenir ce droit. Barrientos insiste sur la nécessité d’une redistribution de la richesse, car l’inégalité au Pérou est très grande. Avec des soins de santé publics disposant de très peu de moyens, l’inégalité dans le secteur de la santé est par conséquent très grande elle aussi.

Découvrez la présentation ici (en néerlandais).

Découvrez la présentation ici (en espagnol).

Vital Cishimbi, qui est actif au sein de la cellule de soutien de la mutualité de la santé au Sud-Kivu (en RD Congo), a parlé du rôle des mutualités dans le Sud.

Découvrez la présentation ici (en français).

Katrien Vervoort (Oxfam Solidarité) a expliqué comment les accords de libre-échange mettaient en danger l’accès à des médicaments à prix abordables et de qualité pour des milliards d'êtres humains. Elle a illustré ses propos à l’aide de l’accord qui est actuellement négocié entre l’Union européenne et l’Inde.

Découvrez la présentation ici (en néerlandais).
Les décideurs politiques belges réagissent

Le ministre des Affaires sociales et de la Santé publique Laurette Onkelinx (PS) confirme l’importance de la solidarité internationale et de la mise en place de systèmes de santé durables. Dans la logique du profit via laquelle on aborde la santé, on n’y accorde que très peu d’attention.

Marleen Temmerman (SP.a) parle de sa propre expérience à l’étranger, où elle-même a vu à quel point il était difficile de changer les choses via des projets à court terme. Il y a un besoin urgent d’une approche plus durable. Une résolution en faveur d’un fonds mondial de la santé a déjà été adoptée par toutes les fractions démocratiques au Parlement. Avec cette résolution, la Belgique s’engage à réserver 0,7 % de son PNB à la coopération au développement, une somme dont 15 % seront consacrés aux soins de santé. Si tous les pays donateurs suivent cet engagement, nous aurons alors franchi un pas de plus.

Sabine de Béthune (CD&V) déplore que la Belgique accorde toujours moins de priorité à la santé, dans la coopération internationale. On justifie la chose en renvoyant à une répartition des tâches qui existerait au niveau européen et dans laquelle les différents pays donateurs sont responsables de secteurs spécifiques. Dans la pratique, toutefois, il n’existe pas de vue d’ensemble permettant de savoir quel pays suit quel secteur. Elle s’engage à placer cela à l’agenda.

Cathy Buggenhout, responsable de la politique commerciale des Affaires étrangères, réagit à l’exposé sur l’impact des traités de libre-échange bilatéraux sur la santé. « Vu que les négociations multilatérales sont bloquées depuis Doha, l’UE n’a pas d’autre choix que de conclure des accords bilatéraux afin de garantir le bien-être de ses citoyens en élargissant l’accès au marché à l’étranger. » Elle n’a toutefois pas dit de quelle façon de tels accords peuvent favoriser le bien-être des citoyens européens et quel impact ils ont sur le bien-être des citoyens des pays en voie de développement.

Jacques Morel (Ecolo) rappelle l’importance de la déclaration d’Alma-Ata de 1978, dans laquelle la « santé pour tous » était formulée comme objectif pour l’an 2000. Morel insiste sur l’importance du titre du manifeste : « Le droit à la santé » et « le droit aux soins de santé ». Il constate que l’aide dans le secteur de la santé est principalement centrée sur certains thèmes (une approche sélective et verticale) au lieu d’une approche globale (approche transversale à travers divers secteurs). Enfin, il renvoie à notre propre histoire des réalisations sociales, qui s’appuient sur la solidarité.

6 actions pour mettre un terme à l’inégalité sociale

Jean Hermesse (secrétaire général des Mutualités Chrétiennes) conclut brièvement et avec force le débat au Parlement par une vision de l’avenir dans laquelle il met en exergue 6 actions afin de mettre un terme aux inégalités dans la santé :

1. Rendre l’inégalité sociale visible : afin de sensibiliser l’opinion publique et les hommes politiques, il est nécessaire de rendre visible l’inégalité sociale ici et dans le Sud et, ensuite, de formuler des propositions.

2. Redistribution de la richesse : pour combattre l’inégalité sociale, nous ne parlons pas de moyens supplémentaires, mais de redistribution. C’est un choix politique.

3. Un stress test afin de mesurer les progrès dans la santé et le bien-être social : tous les secteurs ont un impact sur la santé. Cet impact doit être mesuré et les responsables politiques de chaque domaine doivent entreprendre des actions.

4. Régulation : la politique des bonus est co-responsable de la crise financière, mais du débat originel sur la régulation de ces bonus, il n’est déjà plus question.

5. Les soins de santé de base : les soins de santé doivent également être ancrés localement et se trouver à proximité de la communauté.

6. Soutenir les mutualités via un cadre légal.

Hermesse est convaincu qu’un avenir social est possible, mais qu’il s’agit de choix politiques. Les collaborations et le travail de réseau sont d’une importance cruciale. « Nous avons besoin de contagion sociale », conclut-il en ponctuant ses propos d’un clin d’œil.

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